Un engagement indéfectible envers la justice dans une ère hostile

03/03/2026

En 2026, l'ICTJ fêtera son 25e anniversaire. En tant qu'organisation, nous abordons cet événement avec une fierté et une détermination sincères, mais aussi avec de profondes inquiétudes quant au monde dans lequel nous nous trouvons actuellement.

L’ICTJ a été fondée en 2001 sur une conviction simple mais radicale : les sociétés qui émergent de violences massives, d’atrocités et de régimes autoritaires ne peuvent bâtir une paix durable sans que les responsables rendent des comptes. Les victimes ont droit à la reconnaissance, à la réparation et à la vérité. L’impunité n’est pas un prix acceptable pour la stabilité : c’est, en réalité, la voie la plus sûre vers l’exclusion, la marginalisation et la reprise des violences.

Cette conviction est restée intacte au fil des ans. Au contraire, nous l'avons renouvelée et renforcée chaque jour grâce à notre action dans plus de 50 pays et aux côtés de centaines de partenaires et d'institutions partageant les mêmes valeurs et engagées en faveur de la justice, des démocraties inclusives et des droits humains de tous. Seul le contexte dans lequel nous la mettons en œuvre a évolué.

Nous vivons une période de grave régression de l'état de droit international. Les cadres et institutions multilatéraux, créés, malgré leurs imperfections, pour construire la paix, protéger les civils, demander des comptes aux auteurs de violations et soutenir les processus de transition, sont aujourd'hui mis à rude épreuve, contestés par les gouvernements mêmes qu'ils étaient censés encadrer. Des mots comme « justice », « paix » et « responsabilité » sont instrumentalisés, vidés de leur sens, ou tout simplement abandonnés.

Trop souvent, les processus de paix excluent la voix des victimes. Ailleurs, les mécanismes de responsabilisation sont démantelés avant même d'avoir pu produire des résultats. Et partout dans le monde, nous assistons à la normalisation inquiétante de l'impunité : un message clair et net selon lequel ceux qui détiennent le pouvoir échappent à la justice.

C’est dans ce contexte troublé que l’ICTJ commémore son 25e anniversaire, et je ne prétendrai pas que ce soit facile. Mais j’ai aussi appris, au cours de mes nombreuses années d’expérience dans ce domaine, que les moments de forte pression révèlent souvent la profondeur de l’engagement. Ce 25e anniversaire confirme l’existence d’une communauté mondiale de défenseurs de la justice qui refusent de considérer la justice comme un luxe ou une aspiration naïve. Ces praticiens, militants, victimes, chercheurs, citoyens et décideurs politiques comprennent que sans vérité, justice et responsabilité, il ne peut y avoir de véritable réconciliation ni de paix durable.

Au cours des 25 dernières années, l'ICTJ a contribué à la création de cette communauté tout en faisant œuvre de pionnier dans le domaine de la justice transitionnelle, grâce à ses recherches novatrices et à ses initiatives programmatiques menées dans divers contextes, et en favorisant l'établissement de pratiques et de normes qui se sont enracinées à travers le monde. Nous avons soutenu et collaboré avec les personnes qui œuvrent pour la justice sous une pression extraordinaire, souvent au prix de grands sacrifices personnels. Nous avons toujours insisté sur le fait que les victimes, leurs droits et leurs expériences doivent être au cœur de tout véritable processus de justice et de réconciliation.

En 2026 et au-delà, ce travail est plus nécessaire que jamais. Les défis à relever sont bien réels, mais la détermination de celles et ceux qui s'engagent à les affronter l'est tout autant. J'invite nos lecteurs, nos partenaires et tous ceux qui croient en l'égalité de justice pour tous à rester mobilisés, à lutter contre la banalisation de l'impunité et à soutenir les institutions, les mécanismes et, surtout, les personnes qui œuvrent en première ligne de ce combat.

Après 25 ans, nous pouvons être réalistes quant aux obstacles. Notre conviction que la justice est possible est également devenue inébranlable. Comme nous le rappelait Martin Luther King Jr., « l’arc de l’univers moral est long, mais il se courbe vers la justice ». Ces nombreuses années d’efforts nous ont appris que cet arc ne se courbe pas de lui-même. Il faut la détermination des victimes qui refusent d’être réduites au silence, la persévérance des militants qui continuent d’avancer même lorsque le chemin est incertain, et la résolution collective d’une communauté internationale qui insiste sur le fait que la responsabilité n’est pas une option. C’est notre tâche commune, et elle mérite tous les efforts.
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PHOTO : Une illustration de Tania Radwan extraite du livre « Les moulins de nos cœurs » est présentée lors d'une lecture organisée le 24 février 2024 à la Modern University for Business and Science, à Aley au Liban. Coédité par l'ICTJ, cet ouvrage rassemble des nouvelles écrites par 15 femmes proches de personnes disparues ou victimes de disparition forcée au Liban. (Mohammad Salman/ICTJ)